Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Scottish Adventures - Mes péripéties écossaises

School of Saatchi

14 Décembre 2009, 19:12pm

Publié par Adèle

À l’école d’art, en ce moment, les conversations de la pause café tournent souvent autour de la dernière télé-réalité en date de la BBC… School of Saatchi, kézako, c’est un peu « Nouvelle Star » version  intellos. Le principe reste le même : de jeunes candidats ambitieux, des talents… souvent bien cachés, et un jury de quatre professionnels avec moitié de méchants, moitié de gentils. Saatchi, c’est ce magnat de l’art moderne qui a su cultiver le mystère autour de sa personne (il n’apparaît d’ailleurs jamais en personne dans le programme) pour établir un véritable mythe moderne. Si Saatchi dit que c’est bien, alors c’est bien. Si Saatchi dit qu’un lit défait c’est de l’art, alors c’est de l’art. Il est un peu à l’art moderne ce que le critique John Ruskin était aux Victoriens, SAUF QUE… sauf que Ruskin a découvert les pré-Raphaélites qui nous ont par exemple donné l’iconique « La mort d'Ophélie » de John Millais. Saatchi, lui, a découvert Damian Hirst et son requin mort conservé dans du formol, et le lit défait de Tracey Amin vendu à un prix astronomique. J’ai beau avoir l’esprit ouvert et raffoler d’art, j’ai quand même du mal à croire que les générations futures applaudiront. Bref.

 

Damian Hirst, j’ai vu, je connais, j’aime pas. La première fois, c’était justement à la galerie d’art moderne d’Edimbourg. Un mouton mort conservé dans du formol, des poissons (morts aussi) exposés dans une grande vitrine, et des peintures abstraites constituées de gros points colorés alignés en ligne droite. Mouais. Moi, sur le coup, débarquant de France, je ne savais pas encore qu’il était célèbre et reconnu et tout et tout. Je me suis juste dit que le petit n’allait sûrement pas faire carrière. Je me trompais. Damian, il peint comme mon pied gauche, mais il a assez de cynisme pour convaincre les autres qu’ils sont juste trop bêtes pour comprendre, ce qui l’a propulsé en haut de l’affiche. Lui et les autres artistes de son mouvement ont quand même eu le mérite de produire des travaux en sachant qu’on se moquerait sûrement d’eux. Le risque s’applaudit mais je ne suis toujours pas convaincue du résultat…

            La série School of Saatchi  comprend quatre épisodes (résultat ce soir, quel suspense !) pour déterminer qui gagnera les faveurs du grand ponte, avec en prime un atelier d’artistes mis à disposition pendant trois ans et le droit d’être exposé à la galerie Saatchi. Pour mériter le titre, les candidats doivent présenter plusieurs projets selon un thème imposé. On se rend aussi compte assez vite, lors de l’exercice de dessin sur modèle vivant, que peu d’entre eux savent dessiner correctement (la pauvre modèle se retrouve représentée sous des formes diverses et pas toujours reconnaissables). Mais c’est pas grave, hein, répondent-ils, c’est l’attitude qui compte, le dessin, c’est dépassé. La plus jeune concurrente avance dans son parcours à coups de sifflets accrochés à une poignée de porte et de constructions bizarroïdes dont les finitions laissent à désirer. Ca plaît bien à Tracey Emin, qui de toute façon ne fait pas mieux (et qui explique avec le plus grand sérieux du monde que « Ah non, les gens pensent que j’ai exposé comme ça mon lit défait en tant qu’œuvre d’art, mais il y avait une vraie réflexion derrière. Par exemple, il y avait encore plus de bordel autour du lit. Donc j’ai fait des choix délibérés.»)

            Mais qui va gagner ? L’étudiante en art qui a l’attitude mais pas le talent ? Le peintre, plus classique complètement paumé dans ce programme ? Le sculpteur en sciences physiques ? Le suspense est insoutenable !!!

           

Heureusement, quelle que soit l’issue du programme, on dirait bien que quelqu’un viendra relever le niveau. Exposition d’hiver de la Royal Scottish Academy d’Edimbourg : deux étages d’œuvres uniquement contemporaines, et surtout la première expo d’art moderne où j’aime presque tout. Je suis très agréablement surprise. C’est moderne mais c’est vivant, intéressant, c’est beau et ça ne prend pas le spectateur pour un idiot (http://www.royalscottishacademy.org/pages/exhibition_frame.asp?id=222). Certaines œuvres ont décidément une nette touche «asiatique » ce qui me rassure. Pendant que certaines suspendent des sifflets à des poignées de porte… les jeunes artistes chinois, avec une nette longueur d’avance, nous font ÇA :


http://www.artscenechina.com/figurative.htm

 

http://www.newchineseart.com/

 

Comme quoi on peut aussi faire du moderne original et créatif sans pour autant renier tout ce qui a été produit les siècles précédents. A l’Est, l’espoir…

 

Commenter cet article

NUT 14/12/2009 22:31


pas le temps de lire : trop occupé avec faire-parts


Adèle 15/12/2009 00:46


C'est quoi ce bébé qui débarque sans prévenir, et pas à la bonne date ? A peine né, déjà mal éduqué. C'est du propre...


Seb 14/12/2009 22:31


Ce que j'aimerai pouvoir juger de visu de ce programme. Je suis tout de même bien triste de voir que notre célébrissime urinoir du centre Pompidou soit supplanté par cette gen' d'oeuvre produite à
pas cher (lol le lit défait et le bordel autour, je le fais tous les matins alors pourquoi je suis pas millionnaire ?).

Mais c'est quoi le message du lit défait ? et celui des animaux dans le formol ? (tiens d'ailleurs, y a-t-il un rapport entre ce type qui expose des cadavre de bêtes et l'expo qui s'est déroulé au
printemps 2008 nous montrant des cadavres de chinois ?)

Plus que jamais la vérité est ailleurs...


Adèle 15/12/2009 00:51


Le requin mort (http://en.wikipedia.org/wiki/File:Hirst-Shark.jpg), il l'a intitulé "The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living". Donc le "message" se veut
pseudo-philosophique et doit t'aider à mieux te triturer les méninges sur des problèmes existentiels. Mais le titre est tellement pompeux que j'arrive pas à savoir si c'est de l'humour décalé ou
s'il se prend seulement trop au sérieux...


claire 14/12/2009 21:17


Tu parles très bien d'art. Je ne savais pas. Ou pas comme ça. En tout cas maintenant je suis curieuse. kisses