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Scottish Adventures - Mes péripéties écossaises

Ma vie, mon œuvre. Ou presque. (Vendredi 29 janvier 2010)

29 Janvier 2010, 23:12pm

Publié par Adèle

C’est le dernier jour des examens de peinture vivante à l’école George Watson. Je me prépare mentalement à ce que cette séance soit plus difficile, à cause de la fatigue accumulée, mais contre toute attente je tiens la pose sans difficultés. Est-ce parce que j’ai eu spécialement droit à un biscuit caramel-chocolat à la pause café ?... En tout cas, je suis tellement perdue dans mes pensées que je ne vois pas le temps passer. Parfois, à force de fixer le même point dans l’espace sans bouger pendant trop longtemps, je tombe dans un sorte d’état de demi-hypnose un peu étrange : tout d’un coup, mes paupières se font tellement lourdes que j’ai, physiquement, du mal à ne pas m’endormir sur place. Je lutte, ça dure en général une vingtaine de minutes, puis j’arrive à reprendre le dessus, ou bien je me « réveille » en attendant le prof commenter les peintures à voix haute. Et si vraiment, je sens que mes yeux vont se fermer tout seuls, il arrive que je puisse tricher un peu en choisissant une pose qui me permette de dormir… Mais chut.

Les élèves ont fait du beau travail. A la fin de la journée, je reste une petite demi-heure supplémentaire pour admirer les travaux étudiants qui sont exposés sur tous les murs du bâtiment d’art, examens obliges. Je suis bluffée par le niveau des élèves. Certains travaux sont très prometteurs et les plus doués d’entre eux seront acceptés à l’Edinburgh Art College à la sortie du lycée. Il faut dire qu’ils disposent d’excellents tuteurs. Darren, qui dirige « ma » classe, est d’abord un peintre naturaliste renommé (voir ses aquarelles sur www.darrenwoodheadartist.co.uk/index.php/gallery/ ). Il intervient dans des classes de primaires pour leur apprendre à dessiner les oiseaux et, récemment, on lui a passé commande pour aller peindre des tigres en Inde… Bref, il doit rarement s’ennuyer au bureau.

Côté traduction, j’ai pris un bon rythme de croisière dans mon travail et je ne me fais plus de souci quant au délai éditorial. Je dois me concentrer et travailler régulièrement, mais en-dehors de cela c’est plutôt un plaisir. Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de trouver mon livre très… américain. Le style est typique des romans/documents américains grand public. Le mien est plutôt bien tourné, le vocabulaire est précis, évocateur. Mais il n’est pas original. Je retrouve les vieux « tics » d’auteurs américains contre lesquels les profs du master traduction nous avaient mis en garde… Hé oui, vous ne le saviez peut-être pas, mais chez les Américains, on se dévisage, on fronce les sourcils et on hausse les épaules à tout va. On « dit » aussi beaucoup de choses, et il est aussi de bon ton de décrire le moindre geste observé chez son interlocuteur. Traduit tel quel, un passage lambda dans l’un de ces bouquins donnerait un truc comme ça :

Je plonge mon regard dans le sien. Il me regarde aussi.
« Qu’est-ce qu’il y a ? » dit-il.
Je hausse les épaules.
« Rien », dis-je.
Je mets mes mains dans mes poches. Il fronce les sourcils.
« On ne dirait pas, dit-il.
- Ne t’en fais pas », dis-je en plissant le nez.
Je le vois remonter ses lunettes. Il secoue la tête.
« Fais un effort, dit-il.
- Laisse tomber », dis-je en pinçant les lèvres.
Il hoche la tête. Je rentre le cou.


OUI, cher lecteur. C’est ridicule. Et c’est là que super-traducteur intervient pour sauver notre belle langue française de la déchéance littéraire. On passe quelques « dit-il » à la trappe et on rajoute quelques prénoms aux dialogues pour clarifier qui parle ; on coupe quelques haussements d’épaules quand ça foisonne trop ; et si on estime qu’en français, l’héroïne aurait plus tendance à rougir de honte qu’à rentrer son cou de honte, hé ben l’héroïne elle fera ce qu’on lui dit de faire, parce que non mais, c’est moi qui ai le dernier mot. Dans ta face, auteur.

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Seb 04/02/2010 07:49


- J'espère qu'il nous sera donné l'occasion contempler au moins l'un de tes portraits sur toile de ces talentueux jeunes artistes, dit-il en haussant la clavicule gauche et fronçant du nez.


NUT 02/02/2010 21:11


Yeah!
hier les commentaires ne marchaient pas!
j'ai grillé Claire

Bravo Adèle pour tes prouesses linguistiques et ta façon de raconter qui nous démontre avec humour que c'est toi la meilleure!