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Scottish Adventures - Mes péripéties écossaises

Histoire cachée d'Édimbourg

22 Septembre 2012, 22:22pm

Publié par Adèle

C'est le weekend patrimoine à Édimbourg et pas question de laisser passer l'occasion ! Pour une fois qu'on peut aller fouiner dans les recoins en toute légalité, je ne compte pas me priver. Première visite au programme : les vieux bâtiments de l'université sur South Bridge, dans la vieille ville. Des bâtiments majestueux dans la grande tradition des vieilles universités britanniques (on n'en attend pas moins de la ville natale d'Harry Potter !). L'intérieur des pièces est à l'image de la façade : on a l'impression de revenir dans le temps. Avec ses lustres et ses immenses portraits au mur, l'université pourrait facilement servir de décor à un film d'époque. Quant à la bibliothèque Playfair, tout en longueur, elle était forcément le lieu tout désigné pour accueillir le défilé annuel des étudiants en mode des Beaux-Arts, en mai dernier.


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À une centaine de mètres à peine, j'ai ensuite rendez-vous pour une visite guidée au Festival Theatre. La façade tout en verre a beau sembler moderne, l'intérieur du théâtre date de 1920. C'est, accessoirement, mon théâtre préféré à Édimbourg et je me réjouis d'en apprendre un peu plus. Bonne pioche : Graham, notre guide, est particulièrement enthousiaste et pas avare en anecdotes. Après nous avoir raconté comment Judy Garland avait offert des petits morceaux de sa robe aux employés du Festival Theatre (alors Empire Theatre), il nous raconte l'histoire tragique de l'illusionniste Lafayette et de l'incendie du théâtre : Lafayette "le magnifique" était, au début du 20ème siècle, l'illusionniste le plus célèbre de son temps. Adulé dans le monde entier, il gagnait 40 000 £ par an (une somme absolument colossale pour l'époque) et était célèbre pour sa spectaculaire maîtrise du transformisme (changement de costume très rapide). Autant dire que le festival se réjouissait d'accueillir une telle célébrité. Le 9 mai 1911, en pleine représentation, une lampe se décroche et, en se brisant sur scène, enflamme le décor composé de coussins et de tapis orientaux. Le public, habitué aux effets de scène spectaculaires de Lafayette, croit d'abord à une mise en scène et applaudit de plus belle. Ce n'est que lorsque le rideau de sécurité tombe que les spectateurs comprennent et évacuent la salle. Malheureusement, les acteurs, eux, sont piégés sur scène : le rideau de sécurité, bloqué en bas par les coussins, crée un courant d'air qui attise les flammes de plus belle. Or Lafayette, pour préserver le secret de ses tours, avait lui-même ordonné que les portes menant à la scène soient verrouillées durant le spectacle... Pour combler le tout, le spectacle mettait en scène un cheval et... un lion en cage sur scène ! Le public est évacué à temps mais 11 membres de la troupe, dont Lafayette, périssent dans les flammes, piégés. Le grand magicien rejoint au cimetière de Sighthill, dans le quartier est d'Édimbourg, Beauty, son chien adoré qu'il avait fait enterrer en grandes pompes quatre jours plus tôt. Mais, illusionniste jusqu'à la fin, Lafayette réservait un dernier tour de passe-passe... On découvre, le jour où il doit être incinéré, un autre cadavre sous la scène du théâtre. C'est Lafayette. Le cadavre au crématorium est celui de sa doublure ! In extremis, les deux corps sont interchangés et le magicien peut enfin reposer en paix.

 

 

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Le théâtre avant l'incendie de 1911, et actuellement


 Depuis, tradition oblige, on raconte que son fantôme hante encore le Festival Theatre. Feu Lafayette a même son siège dédié, au rang 35C sur le deuxième balcon. Effectivement, le siège est rouge flambant neuf, alors que tous les sièges adjacents sont décolorés et usés par les ans. Le théâtre réserve-t-il ce siège exprès, ou est-ce que les spectateurs auraient peur de s'y asseoir ?...


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Les lumières tamisées du théâtre, et le siège du fantôme de Lafayette, en rouge !

 


Une fois sortie du théâtre, direction le Musée d'anatomie, dans les bâtiments de l'actuelle université. Dès l'entrée, on est bien accueilli. Deux imposants squelettes de pachydermes encadrent l'entrée de l'escalier. On croise ensuite toute une galerie de spécimens de biologie et de curiosités : squelettes de singes, de tatou, mâchoire de requins ; masques mortuaires, répliques d'organes en cire, etc.

 

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Squelettes d'éléphants, en haut ;

en bas, squelette d'ornythorinque, et dragons volants d'Asie

 

Après la visite du musée débute un exposé de vingt minutes sur l'un des épisodes les plus terribles et les plus fameux de l'histoire d'Édimbourg, celle de Burke et Hare. Nous sommes au 19ème siècle, la chirurgie est en plein essor et, conséquence logique, les amphithéâtres de médecine sont pleins à craquer d'étudiants avides d'apprendre. Mais les professeurs d'anatomie manquent de cadavres à disséquer en exemple... À l'époque, seuls les corps des prisonniers de droit commun exécutés sont librement disponibles pour les écoles de médecine. Et la demande est bien plus forte (heureusement !) que le nombre d'exécutions. Sachant que les écoles de médecine offrent une récompense substantielle pour l'approvisionnement de corps, les cimetières sont pris d'assaut par les déterreurs de cadavres, à tel point qu'on doit mettre en place des tours de garde pour empêcher les profanations. Mais deux émigrés irlandais, William Burke et William Hare, ont une autre idée... Pourquoi ne pas "produire" leurs propres cadavres ? Ils décident donc de faire passer de vie à trépas quelques-uns de leurs pensionnaires âgés ou des voyageurs imprudents venus passer la nuit dans l'auberge de Margaret, la femme de Hare. Et empochent tranquillement le pactole en vendant à un professeur d'anatomie des cadavres décidément très frais... Mais les deux William ont péché par excès de zèle. Enhardis, ils ne se contentent plus d'éliminer des passeurs ou des inconnus mais aussi des figures mieux connues d'Édimbourg. Certains étudiants reconnaissent les cadavres et le doute s'installe... Finalement, les deux meurtriers sont arrêtés, non sans avoir fait une quinzaine de victimes. Hare témoigne à charge contre Burke contre une promesse d'immunité. Burke est finalement pendu à Edimbourg le 28 janvier 1829. Ironie du sort, son cadavre finira disséqué pour les besoins de la science.


Moralité : ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse, surtout s'il s'agit de dépecer ton voisin !

 

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Commenter cet article

bulle 24/09/2012 20:21

Géniales ces histoires. J'en ai des frissons en imaginant le théâtre.

Adèle 25/09/2012 00:11



J'ai vraiment aimé cette visite. L'heure et demie en compagnei du guide m'a semblée bien courte !



NUT 23/09/2012 22:07

Excellent!
que de trésors recelés dans cette belle ville!
On partage ton enthousiasme

Adèle 23/09/2012 23:11



J'ai remis ça aujourd'hui et découvert d'autres trésors cachés ! La suite très bientôt !